|
Sébastien de NARDI (Promo 1998, Toulouse) : Mon intérêt pour le monde des achats est toujours aussi fort
| |
-/5 0 avis >>
|
2AI : Bonjour Sébastien, vous êtes un ancien de l'ISEG Toulouse et vous travaillez aux USA. Pouvez-vous nous rappeler en quelques mots votre parcours après l'ISEG ?
Sébastien DE NARDI : Pendant mes années à l’ISEG, j’ai développé un intérêt particulier pour les Achats et après une spécialisation en Achats Internationaux, j’ai intégré la société Valeo (Equipementier Automobile Français) à la coordination des achats "frais généraux" à la Direction de Paris.
De là je suis parti en juillet 2000 travailler dans l'Indiana comme acheteur et mettre en place un système «E-Procurement» à la division Valeo Engine Cooling. En 2002, j’ai intégré le poste d’Acheteur et coordinateur toujours pour Valeo Engine Cooling, mais localisé à Detroit.
Enfin en 2004, j’ai changé de division pour aller chez Valeo Motors and Actuators au Texas et au Mexique. Depuis j’ai pu encore évoluer en passant de Manager des familles achats au poste de Directeur pour l’activité Amérique du Nord depuis fin 2007.
Entre-temps un changement significatif est intervenu au sein de Valeo, puisque la
Division Motors and Actuators a été rachetée par la
société Nidec (d'origine japonaise) en décembre 2006.
2AI : Pourriez-vous nous présenter votre entreprise et votre fonction et nous décrire une journée "type"? Est-ce que vous voyagez beaucoup ?
S.d.N. : Nidec est une compagnie née en 1973 au Japon; son fondateur (M. Nagamori, une star du « Business » au Japon) est aussi l’inventeur des minuscules moteurs électriques utilisés pour les ordinateurs. Aujourd’hui, Nidec Corporation pèse 8,8 Milliard USD et contrôle 75% du marché mondial pour les moteurs utilisés dans les ordinateurs (petits ventilateurs).
Nidec, avec l’achat de Valeo Motors and Actuators, a décidé de conquérir le marché automobile. La branche de Nidec pour laquelle je travaille est donc dédiée à la production de moteurs électriques pour les lève-vitre, le refroidissement du radiateur, les sièges, l'ABS, le toit ouvrant… soit tous les moteurs électriques qu’une voiture puisse posséder. Nos principaux clients pour l’Amérique du Nord sont Ford, General Motors, Chrysler et Nissan.
En tant que responsable des achats, je dois garantir à la société que les pièces et matières achetées soient en conformité avec le cahier des charges. Le coût total doit être maitrisé et compétitif, la qualité doit être irréprochable et enfin la livraison doit intervenir juste à temps et dans une quantité exacte.
Le secteur automobile présente de nombreux challenges et est sous permanente pression des marchés.
Afin d’arriver à cet objectif, je manage trois équipes.
Une équipe que l’on appelle les "Achats Projets"; elle est dédiée aux nouvelles plateformes de voiture et par conséquent aux nouveaux moteurs que l’on développe. Le rôle est de développer avec les fournisseurs les « designs », d'estimer les coûts, et de suivre chaque phase du projet avant son lancement pour la production.
La seconde équipe - "Achats de Commodites" - est composée d’acheteurs qui sont des spécialistes des familles d’achats. Par exemple un spécialiste des pièces électroniques, des résines, des aimants… Ce sont avant tout des stratèges et des négociateurs qui analysent leur portefeuille d’achats fournisseur pour réduire les coûts. Ils utilisent principalement trois leviers : la négociation pure, les changements techniques, ou les changements de fournisseurs.
La troisième équipe est composée d’Ingénieurs « Qualité » dont la fonction est de valider les nouvelles pièces, de maintenir ou d'améliorer la qualité des pièces en production.
Voilà une journée type… aujourd’hui par exemple :

Arrivée à 7 heures au bureau, préparation de la journée avec les « urgences » du jour, les étapes des projets, les nouvelles actions identifiées et les risques perçus, les problèmes financiers des fournisseurs…
7:45 – 8 :25 : Réunion avec l’équipe Achat.
8 :30 – 9 :00 : Réunion de Direction.
9 :30 – 10 :00 : Validation d’un resourcing proposé par le Manager Achat et l’acheteur de résine.
10 :15 – 12 :30 : Négociation avec l'un de nos principaux fournisseurs (prix et conditions pour l’année 2010).
12 :30 – 13 :00 : Déjeuner.
13 :00 – 14 :00 : Réunion avec le Directeur des Nouveaux Projets et validation du coût global d’un nouveau moteur que nous lançons avec un nouveau client.
15 :00 – 16 :00 : Réunion avec un fournisseur afin d’évaluer sa santé financière.
16 :00 – 17 :00 : Réunion avec le responsable Logistique et vérification de la performance logistique de nos fournisseurs.
17 :00 – 19 :00 : Préparation du Budget Achat.
21 :00 – 22 :00 : Conférence téléphonique avec un nouveau fournisseur en Chine ainsi qu'avec notre Ingénieur Qualité basé à Shanghai.
Le département des Achats est amené à être contact constant avec tous les services internes à l’entreprise : Production, Projets, Finance, Qualité, Ressources Humaines, Logistique, mais aussi avec l'externe (fournisseurs).
Les déplacements sont principalement liés à l’activité avec les fournisseurs puis aux autres sites de ma société. Je suis donc régulièrement en déplacement dans les pays localisés en Amérique du Nord (60%), Asie (30%) et Europe (10%).
2AI : Etes-vous un expatrié heureux, qu'est ce qui vous séduit dans l'American Way of Live ?
SdN : Après 10 ans de vie dans différents Etats (Indiana, Michigan puis Texas), les Etats-Unis sont maintenant devenus mon pays adoptif.
La séduction des Etats-Unis au plan professionnel se situe essentiellement au niveau de leur approche pragmatique et l'attitude positive dans les affaires.
Au quotidien l’attraction vient d’un sentiment de facilité. Tout semble facile, accessible et rapide. Aussi bien pour garer sa voiture, qu’acheter une maison ou encore échanger son PC... Le client y est roi.
2AI : Comment vous projetez-vous dans l'avenir ?
SdN : Je ne me suis pas tracé un avenir à suivre à la lettre. Mon intérêt pour le monde des Achats est toujours aussi fort. Ma passion vient du fait que c’est une discipline qui est loin d’être mature, et reste en perpétuelle évolution. Elle doit prendre en compte le changement au sein des entreprises mais aussi les changements économiques et géopolitiques. Exercer dans un pays étranger rajoute une dimension qui me motive d’autant plus. En somme, je ne vois pas mon avenir en France dans un futur proche mais je tiens à poursuivre mon expérience à l’étranger.
2AI : Un conseil pour les Iségiens qui voudraient suivre votre exemple ?
SdN : Je pense que la qualité première pour apprécier une expérience à l’étranger est tout d’abord un goût pour l’aventure. Il est naturel que l’on recherche des repères (des personnes parlant la même langue, trouver la même nourriture…) pour maintenir un sentiment de sécurité.
Cependant le conseil que je peux donner est tout au contraire de s’immerger dans le pays et d'aller à la rencontre des gens tant au niveau professionnel qu'au niveau personnel pour s’ouvrir à la culture et pour voir les choses avec un œil différent.
2AI : Gardez vous un souvenir marquant/insolite de vos années ISEG ?
SdN : Les deux années passés à l’
ISEG Toulouse ont été mémorables et je me rappelle avoir eu la chance d’avoir une classe avec une attitude très positive et dynamique.
Et puis un souvenir dont je porte encore la marque; je me suis coupé le doigt dans un accident et suis resté deux mois en espérant que ce ne soit rien. Puis le tendon s’est complètement déchiré en plein cours ; bien entendu je n’avais aucune idée de l’ampleur du problème… les 15 dernières minutes ont été insoutenables, finalement j’ai fini à l’hôpital deux heures après...
2AI : Qu'attendez-vous de l'association des Anciens ?
SdN : Une organisation capable d’aider à l’insertion et la progression professionnelle des Iségiens grâce aux contacts entre les « Anciens ».
L’annuaire avec son actualisation est un simple et excellent moyen pour créer et garder ses connections. Cet outil permet de regrouper les «Anciens » et de renforcer le réseau.